Lors du passage à l'indépendance de Madagascar et du changement de régime en 1975, beaucoup de Chinois

ont quitté le pays en allant s'installer, non pas en Chine, mais en Europe ou au Canada. Très peu sont

retournés en Chine. La motivation a changé, la destination n'est plus le retour en Chine mais

l'installation à l'étranger, tel le phénomène de la "diaspora" chez les Juifs.

Il existe une association des Chinois de Madagascar à Montréal, au Canada.

Les pionniers chinois étaient tous de nationalité chinoise. La génération née à Madagascar ne l'a plus gardée à

quelques exceptions près. Les métis sont malgaches par l'effet de la loi malgache. Les purs ont

choisi, pour des raisons personnelles, soit la nationalité malgache, soit la française ou finalement la canadienne.

La langue chinoise a de même été délaissée au profit des langues française et malgache. Même dans les écoles chinoises,

on enseigne les programmes français et malgache. Ce qui fait que dans la génération actuelle beaucoup d'individus ne parlent

plus le chinois. Les motivations ont aussi changé aux yeux de la nouvelle génération. Nos pionniers avaient à l'origine deux motivations : s'enrichir par le commerce et retourner en Chine après fortune faite.

Faire du commerce veut dire: acheter un objet moins cher et le vendre plus cher en réalisant un bénéfice. Ainsi, nos pionniers menaient une vie dure : se lever de bonne heure,

se coucher tard, faire l'inventaire des marchandises (à commander), pas de congé, pas de repos le samedi et (souvent même) le dimanche. Toujours derrière le comptoir,

parfois obligé d'accepter les "bons" (achats à crédits) émis par les autorités locales ou les gendarmes sachant très bien qu'il ne pourrait pas récupérer le montant,

subir les exactions de certains individus, porter seulement des vêtements simples, loins de tout luxe, parfois en culotte courte et 'kapakapa'. Il n'était pas question

d'aller souvent au restaurant, au bal. Parmi les cinq sens de l'homme (le goûter, l'odorat, la vue, l'ouie et le toucher), seul le premier a été satisfait. Ils ont pu mener

cette vie uniquement parce qu'ils étaient fortement motivés. Ces motivations mêmes ont changé aujourd'hui.

NOUVELLES   MOTIVATIONS ET NOUVEAUX CRITERES DE VALEUR.

La nouvelle génération garde toujours le désir de vouloir s'enrichir mais abandonne l'idée de vouloir retourner vivre en Chine. Désormais, elle entend s'investir à Madagascar qui devient son nouveau pays. La Chine est son pays d'origine et elle restera éternellement dans son coeur. Généralement, le Chinois qui vit à l'étranger, par exemple au Canada, adopte la nationalité de son pays d'accueil. Cela ne l'empêche pas de rester chinois.

Si l'ancienne génération ne pouvait évoluer que dans un seul domaine à cause de sa nationalité étrangère (chinoise), le domaine de l'AVOlR, la jeune génération peut désormais évoluer dans les trois domaines : Avoir, Savoir et Pouvoir. Il en résulte la naissance de nouveaux critères de valeur. La richesse n'est plus le seul critère conférant le respect.

De plus en plus, l'éventail d'activités qu'elle peut exercer pour s'enrichir ou pour vivre s'est élargi de beaucoup. La nouvelle génération peut faire tout ce qu'un Malgache peut faire : le commerce traditionnel comme ses parents ou vendre des services comme le médecin, l'avocat, l'expert en comptabilité ou en informatique, ou alors professeur..... Sinon devenir fonctionnaire, militaire, gendarme, policier, magistrat de l'état malgache en passant les concours. Et enfin , elle peut devenir une personne politique. Elle peut se présenter à toutes les élections et devenir ainsi le représentant du peuple malgache suivant le principe de la démocratie.

La conception de la richesse a changé aussi. Pour les pionniers, être riche c'est avoir beaucoup d'argent dans son coffre-fort ou sur son compte en banque. C'est la conception quantitative et contemplative de la richesse. Comme la tribu Bara du Sud de Madagascar, le Bara, peuple d'éleveur de zébu, est riche mais il vit simplement. Il marche pieds-nus et vit dans des petites cases. Son seul plaisir est de compter le nombre de ses zébus et de faire savoir aux voisins qu'il possède mille ou deux milles têtes de zébus. Et les voisins le respectent, la richesse lui confère la puissance.

Pour une partie de la nouvelle génération, de nos jours, l'argent est un élément nécessaire et non pas suffisant. Exemple : vous avez un litige au tribunal, votre cause est juste, au lieu de payer cher un avocat dont le résultat est incertain, il vaut mieux devenir le magistrat lui-même. Ce n'est pas une vue de l'esprit, cela est possible au bout d'une génération. Votre enfant pourrait devenir magistrat. Car l'argent ne confère pas toujours la puissance.

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