LA COMMUNAUTE CHINOISE A MADAGASCAR

 

 

Arrivée des Chinois à Madagascar

En 1896, Madagascar a été conquise par la France et est devenue sa colonie. L'île est devenue française et l'autorité coloniale a entrepris l'installation des infrastructures modernes, entre autres, le chemin de fer. Pour ce faire, au début de ce siècle, l'autorité coloniale a fait appel à la main-d'oeuvre chinoise, bon marché, disciplinée et travailleuse, pour la construction de la ligne TCE (Tamatave-Tananarive) qui a duré des dizaines d'années. Ce fut au port de Tamatave que les Chinois débarquèrent. Ils n'avaient rien en arrivant. Ils appartenaient à la classe de paysans. Les premiers Chinois venaient de Fou Kien. Ils ont été remplacés par des Cantonnais via le port Anglais de Hong Kong. Pour faciliter le commandement, il fallait que les ouvriers parlent la même langue. Ce fut ainsi que l'autorité coloniale se faisait accompagner par un Cantonnais au port de débarquement de Tamatave pour sélectionner uniquement les Cantonnais. Les Chinois des autres provinces : Fou Kien, Hakkas, Shangaï et autres ont été refoulés.

Le travail était dur et le salaire très bas (karama varimasaka) et il n'y avait pas ce que l'on appelle aujourd'hui la sécurité sociale. Il s'agissait de construire le chemin de fer à travers la forêt vierge où il y avait beaucoup de puces, de sangsues et autres petites bêtes et, surtout, il y avait le paludisme et la grippe espagnole. Beaucoup en sont morts. A Tamatave, il existe encore une propriété, Nain Soon, qui fut la première propriété immobilière acquise par la congrégation chinoise, où des baraques furent construites pour soigner les malades. Et encore aujourd'hui, quand on visite le cimetière de Tamatave, on voit beaucoup de tombes chinoises où reposent en paix les vaillants pionniers qui furent nos ancêtres. C'est à partir de Tamatave que les Chinois se sont éparpillés dans l'île.

CHERCHER DE L'ARGENT (WAN TRiN)

Après la construction du chemin de fer, une partie de ces travailleurs sont partis hors de Madagascar en quête de nouvelles constructions de chemins de fer sous d'autres cieux, d'autres sont restés pour faire du commerce. L'autorité coloniale voyait d'un bon oeil ces chinois qui savaient lire et compter dans leur langue. Ils pouvaient constituer un amortisseur, un intermédiaire et une courroie de transmission entre les grandes sociétés commerciales françaises et le peuple malgache. Voyant que la vie était possible et que l'on pouvait gagner de l'argent, ces Chinois ont fait venir les membres de leur famille : frères, neveux, cousins, etc.... Puis, plus tard, une partie d'entre eux ont fait venir leur femme chinoise de Canton d'où la naissance, plus tard, d'enfants dit "chinois purs". Les autres Chinois, au contraire, ont pris femme localement, avec des femmes malgaches, d'où, plus tard, la naissance des métis, appelés postérieurement d'une façon péjorative Ngao tao (Têtes de zébu). Ces premiers Chinois avaient une forte motivation : chercher de l'argent et revenir à Canton après fortune faite. Conséquence de cet objectif : ils ne s'intéressaient pas aux maisons et terrains, aux biens immobiliers en général. D'ailleurs, la loi domaniale ne le leur permettait pas en raison de leur qualité d'étranger. Mais beaucoup d'entre eux sont morts et enterrés à Madagascar sans avoir pu réaliser ce rêve. Cependant ils ont laissé des descendants, une autre forme de richesse.

Ces premiers Chinois commerçants rencontraient beaucoup de difficultés : ils ne parlaient pas ni le français, ni le malgache. Il leur a fallu apprendre les us et coutumes locales, apprendre quelques mots de français pour communiquer avec l'autorité coloniale, etc..... Mais ces Chinois possédaient des vertus fondamentales : ils étaient de grands travailleurs, patients et s'adaptaient facilement aux conditions locales. Ils étaient solidaires et avaient un projet de société : instituer une congrégation chinoise et construire un bâtiment servant de lieu de réunion. Lors du mariage de l'enfant d'un des membres, tous les Chinois de la place étaient invités y compris les métis. Tout ceci était destiné à fortifier la force numérique du groupe. Cétait l'occasion également de montrer la réussite commerciale de la famille intéressée par le nombre des invités et par le nombre et la qualité des mets servis. Il y avait à chaque fois un grand bal et ce fut l'occasion pour les jeunes de se rencontrer et, souvent, cela se terminait par un autre mariage à leur tour et la naissance d'enfants..... Le bâtiment servait également aux veillées mortuaires. Entre ces deux événements extrêmes, le commencement et la fin ou bien "alpha et oméga", il y avait bien sûr les fêtes traditionnelles : la nouvelle année lunaire, les fêtes des morts, la fête nationale du 1er ou 10 octobre (selon le cas).

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